Aliénor d'Aquitaine la mascarade de l'amour courtois

Aliénor d'Aquitaine est vue comme une grande figure de l'amour courtois du XIIe siècle. Cependant, elle était également la cible de rumeurs allant contre cette idée courtoise de l'amour ; venant de son penchant occitan, la fin'amor.

Qu’est-ce que l’amour courtois ?

Appelée en occitan fin’amor, l’expression d’« Amour courtois » est créée en 1883 par Gaston Paris, spécialiste de la littérature médiévale. Cependant, les plus anciens exemples d’amour courtois sont dans les chansons de troubadour de Guillaume IX d’Aquitaine, soit vers le début du XIe siècle.

Devenu un cliché du Moyen Âge imaginaire, car jamais établi dans la réalité de cette époque, l’amour courtois désigne une façon courtoise d’aimer. C’est un lien qui pousse le chevalier à réaliser des prouesses pour sa Dame, ce sont des sentiments nobles, pleins de respect et d’honnêteté. Ces caractéristiques et ce modèle de l’amour courtois viennent de Chrétien de Troyes, et du lien qui unit Guenièvre et Lancelot dans Le Chevalier à la charrette. Ainsi les chansons deviendront des romans courtois sur la fin du XIIe et ensuite le XIIIe siècle.

Mais au XIIe siècle, cette tradition fleurit dans le Nord de la France notamment autour de la cour d’Aliénor d’Aquitaine et de sa fille Marie de Champagne, prenant à leur service, accueillant et protégeant troubadours et poètes.

Planche 249v du Codex Manesse, Page du seigneur Konrad von Altstetten. Au-dessus du couple d'amoureux, l'écusson et le heaume du seigneur.

Codex Manesse, Planche 249v
Page du seigneur Konrad von Altstetten.
Au-dessus du couple d'amoureux, l'écusson et le heaume du seigneur.

La fin’amor d’Occitanie, l’adultère et la « cour d’amour » d’Aliénor

Cependant, cette vision de l’amour courtois est en réalité modifiée par Chrétien de Troyes lorsqu'elle arrive dans le Nord de la France. Plutôt que de s’intégrer à la morale de l’époque en préservant les exigences de la loi sociale et de la religion, la fin’amor occitane narre l’amour entre une Dame mariée adultère et un chevalier. Dans ces chansons de troubadours on retrouve fréquemment le modèle vassalique. Pour obtenir l’amour de la Dame, le chevalier doit entièrement se soumettre à elle, devenant le vassal d’une Dame suzeraine. Cette dernière est même souvent indifférente et le parcours est long jusqu'à la fin’amor.

C’est davantage de ce modèle d’amour courtois que s’inspireront les poètes et troubadours qui narreront la vie amoureuse d'Aliénor d’Aquitaine. Par exemple André le Chapelain, clerc français proche de la cour, qui écrit un traité, De Amore, où il montre une Aliénor d’Aquitaine qui défend l’impossibilité d’aimer dans le mariage, et précise qu’une femme doit avoir un amant le plus jeune possible. Cette partie de la fiction est une remarque cynique contre le remariage d’Aliénor avec Henri Plantagenêt, neuf ans plus jeune qu’elle. André le Chapelain va même jusqu'à décrire une « cour d’amour » autour d’Aliénor et sa fille Marie de Champagne, qu’aucune source ne peut confirmer et qui comporte des incohérences historiques, comme la comtesse de Champagne qui rejoint sa mère à Poitiers, en terrain ennemi. Cette fiction pourtant, a longtemps prise comme réalité par les historiens.

 

Pourquoi cette image ?

La plupart de ces remarques, critiques, piques contre la reine viennent en réaction à l’épisode d’Antioche de 1148, durant la deuxième croisade (1146-1149). Le De Amore d’André le Chapelain daterait d’entre 1184 et 1186. Cet épisode d’Antioche est celui qui envenime considérablement les relations du couple royal d'Aliénor et Louis VII. La reine et son oncle sont contre l’avis du roi de rejoindre Jérusalem, elle instaure l’idée de divorce dans son esprit… Certains créent alors une relation adultère entre Aliénor et son oncle Raimond, jusqu'à l’accuser d’avoir fait échouer la croisade à cause de son comportement. Tout cela, avec ensuite, son remariage avec Henri Plantagenêt, répand la rumeur d’une reine infidèle.

De son temps, les agissements de la reine sont vus comme ceux d’une femme volage, aux mœurs légères, non pas comme ceux d’une femme libre et surtout libérée.
Aujourd'hui, Aliénor d’Aquitaine est une des rares reines du Moyen Âge dont on connaisse encore le nom, devenue une icône féminine de pouvoir et d’émancipation. Elle reste également un personnage de fiction, ou raconté, présent dans de nombreux livres, BD, pièces de théâtre, films, émissions et même jeux vidéo.

 

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Mockup de couverture de La Petite histoire d'Aliénor d'Aquitaine de Sophie Brouquet aux éditions Cairn

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